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Malgré une opposition à l'échelonnement qui persiste depuis des années,
le ministre de la Santé publique semble enclin à mettre en place ce
système pernicieux dans notre pays.
La Belgique dispose d'un système de santé universellement apprécié. Pour
les Pays-Bas, cela ne fait aucun doute : En Belgique, les soins sont
de meilleure qualité et meilleur marché ! (information
diffusée à la radio néerlandaise le 30/05/06). La citation "In Nederland
is iedereen verzekerd van zorg, al is er soms een probleem in het op
tijd verkrijgen ervan" (extrait de "Het Medisch Handboek - Kosmos
Z&K") (nous traduisons : "Aux Pays-Bas, les soins sont garantis pour
tous, même s'il y a parfois des problèmes de délai pour en bénéficier")
met clairement le doigt sur la problématique des délais d'attente,
lesquels constituent également un véritable cauchemar pour le NHS
(National Health Service) en Grande-Bretagne.
Pour quelle raison du reste la Belgique serait-elle le pays de l'UE
prenant en charge le plus grand nombre de patients étrangers pour une
hospitalisation "programmée" (par opposition aux "hospitalisations non
programmées" concernant des touristes et des "hivernants" dans les pays
du Sud), principalement des Néerlandais et des Britanniques (22.477 en
2003; données de la Commission européenne) si ses soins de santé
n'étaient pas excellents?
La Grande-Bretagne et les Pays-Bas sont les champions de
l'échelonnement. Cependant, aux Pays-Bas, le généraliste est désigné sur
base du code postal. Le généraliste n'est pas atteint directement mais
via un(e) collaborateur(trice) qui déconseille volontiers une
consultation au patient! La visite à domicile est tout bonnement évitée
! En d'autres termes, l'accessibilité à la première ligne y est
probablement plus difficile que l'accessibilité du spécialiste en
Belgique !
Le système de santé belge est doté d'une structure souple et flexible
qui permet de faire face aux insuffisances de la "première ligne".
En effet, il est clair que les généralistes – quel que soit le niveau de
leur engagement et de leur dévouement – ne sont pas en mesure d'émettre
un avis infaillible concernant toutes les pathologies qui se présentent,
comme l'expérience et un certain nombre d'études le montrent sans
ambiguïté.
Un bon nombre de patients – qui consultent le spécialiste de leur propre
initiative – le font à bon escient. Limiter la liberté d'accès en
introduisant toutes sortes de freins signifie l'élimination d'un
mécanisme de sécurité.
Le primum movens de l'introduction de l'échelonnement est financier et
économique, même si c'est préjudiciable à la santé de la population et
que cela signifie en fait un rationnement des soins.
Alors que la médecine est devenue incroyablement plus complexe au cours
de ces 50 dernières années, on entend imposer un système dans lequel une
seule catégorie de médecins est jugée capable d'identifier, d'évaluer,
de traiter ou de référer les pathologies les plus diverses ! Tandis que
les médecins urgentistes sont tenus de suivre une formation d'au
moins 6 ans voire souvent de 8 ans pour pouvoir s'occuper de la
véritable première ligne, à savoir les soins d'urgence, les
"concepteurs" des soins de santé n'hésitent pas à confier un rôle tout
aussi complexe et difficile exclusivement à des médecins qui ne
doivent suivre que 3 ans de formation complémentaire (dont une pendant
le cursus de base) !
A l'autre bout du spectre des soins de santé, les planificateurs de la
santé publique veulent ignorer la formation et la capacité de la
médecine spécialisée dans les généralités de la médecine et cantonner
les spécialistes dans un rôle de purs techniciens.
La situation est pire encore en Flandre avec la tendance absolutiste du
Vlaamse Gezondheidsraad (Conseil flamand de la santé) qui est dominé par
des individualités "progressistes" non représentatives mais désignées
par les pouvoirs publics. Les spécialistes extra-hospitaliers y
sont clairement perçus comme des éléments perturbateurs pour la
construction d'une Structure de santé flamande !
En outre, même l'échelonnement "soft" n'est pas dans la nature de notre
population qui, comme l'a montré l'enquête réalisée par les MC il y a
quelques années, réclamait, avec un pourcentage de 85 %, un accès direct
au spécialiste. Les Mutualités libres ont en outre calculé que l'accès
direct n'était pas plus onéreux. Mais ce n'est pas le souci de nos
responsables politiques : les citoyens sont là pour voter tous les 4 ans
et peuvent payer leurs impôts. Pour ce qui est du reste, l'élite élue et
"compétente" décidera de ce qui est bon ou mauvais pour eux.
La mission du médecin généraliste est d'une importance capitale et
extrêmement difficile. Par conséquent, la médecine générale devrait être
très bien rémunérée, mais de préférence pas par les nombreux moyens
détournés comme le DMG, le forfait pour le fonctionnement de la
pratique, les subsides pour l'infrastructure ou la médecine de groupe ou
d'autres moyens détournés mais directement par des honoraires adaptés.
Il est clair que l'intention finale des politiques et des idéologues de
gauche est d'emprisonner la médecine dans un carcan oppressant et de
l'assujettir totalement à des règles rigides. Les droits du patient
(parmi lesquels la liberté de choix) acquis il n'y a pas encore si
longtemps ainsi que la liberté thérapeutique du médecin, en somme la
médecine libre, doivent céder la place le plus rapidement possible aux
tendances rigides et collectivistes d'un certain nombre de politiques et
à l'impérialisme d'un groupe d'idéologues et de certains lobbies de
généralistes. Le fait que le patient avisé soit la victime de cette soif
de réglementation ou que les spécialistes extra-hospitaliers – à
n'en pas douter un bonus pour la santé publique et pour la population –
doivent être sacrifiés, est le moindre de leurs soucis.
L'avenir nous paraît sombre. Nous ne pouvons qu'espérer que des forces
plus réalistes au sein du monde politique et des pouvoirs publics
finiront par percevoir l'absurdité du démantèlement de notre système qui
fait l'objet de tant de louanges, et ce au profit de constructions au
sujet desquelles, dans leurs pays d'origine, on commence à avoir de
sérieux doutes.
Jacques Gruwez
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