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Le Médecin Spécialiste
Organe du Groupement des Unions Professionnelles Belges de Médecins Spécialistes
N° 4 - Juillet 2006 Précédent Sommaire Suivant
 


La menace de l'échelonnement

 

Malgré une opposition à l'échelonnement qui persiste depuis des années, le ministre de la Santé publique semble enclin à mettre en place ce système pernicieux dans notre pays.

La Belgique dispose d'un système de santé universellement apprécié. Pour les Pays-Bas, cela ne fait aucun doute : En Belgique, les soins sont de meilleure qualité et meilleur marché ! (information diffusée à la radio néerlandaise le 30/05/06). La citation "In Nederland is iedereen verzekerd van zorg, al is er soms een probleem in het op tijd verkrijgen ervan" (extrait de "Het Medisch Handboek - Kosmos Z&K") (nous traduisons : "Aux Pays-Bas, les soins sont garantis pour tous, même s'il y a parfois des problèmes de délai pour en bénéficier") met clairement le doigt sur la problématique des délais d'attente, lesquels constituent également un véritable cauchemar pour le NHS (National Health Service) en Grande-Bretagne.

Pour quelle raison du reste la Belgique serait-elle le pays de l'UE prenant en charge le plus grand nombre de patients étrangers pour une hospitalisation "programmée" (par opposition aux "hospitalisations non programmées" concernant des touristes et des "hivernants" dans les pays du Sud), principalement des Néerlandais et des Britanniques (22.477 en 2003; données de la Commission européenne) si ses soins de santé n'étaient pas excellents?

La Grande-Bretagne et les Pays-Bas sont les champions de l'échelonnement. Cependant, aux Pays-Bas, le généraliste est désigné sur base du code postal. Le généraliste n'est pas atteint directement mais via un(e) collaborateur(trice) qui déconseille volontiers une consultation au patient! La visite à domicile est tout bonnement évitée ! En d'autres termes, l'accessibilité à la première ligne y est probablement plus difficile que l'accessibilité du spécialiste en Belgique !

Le système de santé belge est doté d'une structure souple et flexible qui permet de faire face aux insuffisances de la "première ligne".

En effet, il est clair que les généralistes – quel que soit le niveau de leur engagement et de leur dévouement – ne sont pas en mesure d'émettre un avis infaillible concernant toutes les pathologies qui se présentent, comme l'expérience et un certain nombre d'études le montrent sans ambiguïté.

Un bon nombre de patients – qui consultent le spécialiste de leur propre initiative – le font à bon escient. Limiter la liberté d'accès en introduisant toutes sortes de freins signifie l'élimination d'un mécanisme de sécurité.

Le primum movens de l'introduction de l'échelonnement est financier et économique, même si c'est préjudiciable à la santé de la population et que cela signifie en fait un rationnement des soins.

Alors que la médecine est devenue incroyablement plus complexe au cours de ces 50 dernières années, on entend imposer un système dans lequel une seule catégorie de médecins est jugée capable d'identifier, d'évaluer, de traiter ou de référer les pathologies les plus diverses ! Tandis que les médecins urgentistes sont tenus de suivre une formation d'au moins 6 ans voire souvent de 8 ans pour pouvoir s'occuper de la véritable première ligne, à savoir les soins d'urgence, les "concepteurs" des soins de santé n'hésitent pas à confier un rôle tout aussi complexe et difficile exclusivement à des médecins qui ne doivent suivre que 3 ans de formation complémentaire (dont une pendant le cursus de base) !

A l'autre bout du spectre des soins de santé, les planificateurs de la santé publique veulent ignorer la formation et la capacité de la médecine spécialisée dans les généralités de la médecine et cantonner les spécialistes dans un rôle de purs techniciens.

La situation est pire encore en Flandre avec la tendance absolutiste du Vlaamse Gezondheidsraad (Conseil flamand de la santé) qui est dominé par des individualités "progressistes" non représentatives mais désignées par les pouvoirs publics. Les spécialistes extra-hospitaliers y sont clairement perçus comme des éléments perturbateurs pour la construction d'une Structure de santé flamande !

En outre, même l'échelonnement "soft" n'est pas dans la nature de notre population qui, comme l'a montré l'enquête réalisée par les MC il y a quelques années, réclamait, avec un pourcentage de 85 %, un accès direct au spécialiste. Les Mutualités libres ont en outre calculé que l'accès direct n'était pas plus onéreux. Mais ce n'est pas le souci de nos responsables politiques : les citoyens sont là pour voter tous les 4 ans et peuvent payer leurs impôts. Pour ce qui est du reste, l'élite élue et "compétente" décidera de ce qui est bon ou mauvais pour eux.

La mission du médecin généraliste est d'une importance capitale et extrêmement difficile. Par conséquent, la médecine générale devrait être très bien rémunérée, mais de préférence pas par les nombreux moyens détournés comme le DMG, le forfait pour le fonctionnement de la pratique, les subsides pour l'infrastructure ou la médecine de groupe ou d'autres moyens détournés mais directement par des honoraires adaptés.

Il est clair que l'intention finale des politiques et des idéologues de gauche est d'emprisonner la médecine dans un carcan oppressant et de l'assujettir totalement à des règles rigides. Les droits du patient (parmi lesquels la liberté de choix) acquis il n'y a pas encore si longtemps ainsi que la liberté thérapeutique du médecin, en somme la médecine libre, doivent céder la place le plus rapidement possible aux tendances rigides et collectivistes d'un certain nombre de politiques et à l'impérialisme d'un groupe d'idéologues et de certains lobbies de généralistes. Le fait que le patient avisé soit la victime de cette soif de réglementation ou que les spécialistes extra-hospitaliers – à n'en pas douter un bonus pour la santé publique et pour la population – doivent être sacrifiés, est le moindre de leurs soucis.

L'avenir nous paraît sombre. Nous ne pouvons qu'espérer que des forces plus réalistes au sein du monde politique et des pouvoirs publics finiront par percevoir l'absurdité du démantèlement de notre système qui fait l'objet de tant de louanges, et ce au profit de constructions au sujet desquelles, dans leurs pays d'origine, on commence à avoir de sérieux doutes.

Jacques Gruwez


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