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Le Médecin Spécialiste

Organe du Groupement des Unions Professionnelles Belges de Médecins Spécialistes

Folio 17 du 15 décembre 2003

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LA COMMUNAUTE MEDICALE BELGE PERD SA PLUS ANCIENNE FIGURE DE PROUE
EN LA PERSONNE DU PROF. DR BARON ALBERT LACQUET
 



Père de la chirurgie flamande et fondateur du système d'organisation de la médecine spécialisée belge et du système de formation et d'agrément des médecins spécialistes, le Prof. A. Lacquet est décédé ce samedi 6 décembre à l'âge de 99 ans.

Albert Lacquet a obtenu son diplôme de médecin à Louvain en 1928, s'est spécialisé en chirurgie auprès du Prof. Debaisieux, a été C.R.B.-fellow auprès du Prof. Mann à la Mayo-clinic (Etats-Unis) et a complété sa formation notamment auprès de Leriche à Strasbourg et de Zaaijer (1931) – pour la chirurgie pulmonaire – à Leyde. Il est devenu Chef de clinique en Chirurgie au St-Pietersziekenhuis de Louvain en 1931, Professeur en 1936 et il a été Chef de service-Directeur en Chirurgie à St-Rafaël à Louvain de 1953 à 1975.


Simultanément à cette carrière clinique, le Prof. Lacquet a réalisé une carrière brillante comme figure de proue de la Chirurgie et de la Médecine flamande.


En 1938, il est ainsi présent à la fondation de la Koninklijke Vlaamse Academie voor Geneeskunde van België et il en devient "temporairement" le secrétaire. Il sera ensuite nommé Secrétaire perpétuel et le restera pendant plus d'un demi-siècle (56 ans jusqu'en 1994, et ensuite Secrétaire perpétuel honoraire).


Il s'est vu confier maintes autres responsabilités : Vice-Président national de la Croix Rouge, membre et Président du Raad van de Orde van Brabant (1976-'79-'82), Vice-Président de l'Association belge des hôpitaux (de 1947 à '73) , Secrétaire (1975) et Président (de 1982 à 1986) de la Section Chirurgie de l'UEMS. Là aussi, il a laissé son empreinte puisqu'il a conçu et formulé les conditions de reconnaissance d'une nouvelle spécialité qui sont toujours en usage : (1) la discipline visée doit être exercée comme pratique spécialisée exclusive; (2) le nombre de spécialistes qui la pratiquent doit être suffisamment important pour former les instances d'agrément et (3) il faut un nombre suffisant de services de stage pour la formation. Il convient également de noter qu'il a été Président de la Société Belge de Chirurgie (1971), du Congrès belge de chirurgie (1977), du Congrès français de chirurgie et qu'il avait reçu, parmi de nombreux autres, le titre de Honorary Fellow de l'American College of Surgeons.


En 1977, il a été anobli du titre de Baron et il a choisi pour devise : Scientia et Arte !
Après que le Groupement des Unions professionnelles belges de médecins spécialistes a eu mis en place des jurys d'acceptation pour chaque spécialité à partir de 1949, le Prof. Lacquet est devenu, dès 1958, Vice-Président de la Commission d'appel, dont le Président était le Dr J. Goossens, Secrétaire général du département de la Santé publique. Les critères d'agrément ont été formulés et promulgués pour la première fois par A.M. du 24 mai 1958.


En 1971, principalement sous l'impulsion du Prof. Lacquet et en collaboration avec le Prof. Halter, Secrétaire général du département de la Santé publique depuis 1969, une refonte majeure du système de formation et d'agrément belge a été réalisée en vertu de l'A.R. du 18 octobre 1971.


Citation de feu le Professeur Deschouwer, secrétaire général honoraire du ministère de la Santé publique : (traduction) “La principale tâche que le Prof. Lacquet s'est attribuée de son propre chef a constitué sans conteste dans la formation de nos médecins spécialistes et généralistes. Dans ce domaine, il est non seulement le Président de la section flamande du Conseil supérieur; il est également le spécialiste faisant autorité incontestable dans la mesure où il est personnellement impliqué dans l'élaboration, avec toutes les catégories professionnelles concernées, sous la conduite des Secrétaires généraux, les Drs Goossens et Halter, de tous les textes légaux y afférents dans les deux langues nationales."


Quiconque était quelque peu familiarisé avec la personne du Professeur Lacquet, peut en esquisser le profil : (1) une présence, une assiduité et une disponibilité constantes; (2) une capacité de travail inégalée, probablement plus encore à la lumière de sa lampe de bureau à son domicile que dans le fauteuil du président; (3) une connaissance fondamentale – probablement irremplaçable – des règles du jeu, pour la simple et bonne raison qu'il a joué un rôle essentiel dans leur définition; (4) une connaissance phénoménale des dossiers; (5) une capacité d'analyse et de synthèse remarquable; (6) une souplesse diplomatique, qui ne transparaissait pas directement au travers d'une attitude ferme et stricte, et enfin (7) une évaluation réaliste de ce qui était possible, en conservant une dose appréciable de bon sens.


Qu'un individu, sans être un homme politique, sans appartenir à l'administration ministérielle ou être membre d'un cabinet ministériel, ait pu exercer pareille influence lors de l'élaboration et la mise en œuvre de nos critères de formation, peut être considéré comme un fait unique, qui devrait inciter les autorités à se concerter plus fréquemment avec les figures de proue du secteur.


Son primum movens durant sa carrière de médecin a été le "Devoir". C'est pourquoi il s'est emporté violemment contre les effets néfastes de la croissance incontrôlée du nombre de médecins spécialistes. En 1978 – il y a 25 ans, 6 ans après l'instauration du numerus clausus aux Pays-Bas – , il avait mis en garde : (traduction) "Ce n'est ni par leur masse, ni par leur nombre que les médecins spécialistes pourront élever le niveau de prestige de leur profession. Bien au contraire. La pléthore a toujours eu des effets négatifs et ne peut que déboucher sur de l'envi, de la jalousie entre confrères, une concurrence déloyale, des conditions de travail dégradantes et le chômage." (Quantité ou qualité des Médecins spécialistes; Statut du médecin hospitalier – GBS info, n° 3, mars 1978). En résumé, un chirurgien ou tout autre spécialiste qui est dans l'incapacité de maintenir l'expérience nécessaire devient un mauvais chirurgien.


En 1993, le Prof. Lacquet a écrit dans une note au Conseil supérieur (Réflexions à propos de l'agrément des maîtres de stage et des services de stage) : (traduction) "Tous les pays d'Europe mettent en garde contre le danger de la pléthore des spécialistes, plus particulièrement des chirurgiens, dont le désœuvrement peut être extrêmement préjudiciable au patient qui tombe par hasard entre leurs mains."


Son leitmotiv était le professionnalisme. À propos de la formation du spécialiste, il a écrit : (traduction) "L'objectif n'est pas de dispenser un enseignement académique ou de délivrer un titre particulier de docteur après une recherche clinique ou expérimentale personnelle de haut niveau mais de dispenser une formation professionnelle déterminée, s'appuyant sur une large expérience, sur des connaissances approfondies et sur une intelligence scientifique critique." La formation consiste à s'entraîner, à entretenir son expérience et ses aptitudes, à s'évaluer mutuellement et à suivre une formation permanente.


Dès lors, il n'est pas étonnant que cette Deus ex-machina du système de formation spécialisée ait toujours eu le souci de maintenir un équilibre harmonieux entre la Profession et les instances académiques, comme du reste partout dans les pays "rationnels" de la Communauté européenne. Toute rupture de cet équilibre laisserait sans aucun doute un goût extrêmement amer à la communauté professionnelle car il est véritablement essentiel pour l'exercice de la profession médicale.


A l'occasion de la cérémonie d'adieu pour son éméritat (12-6-1976), le Prof. Lacquet a déclaré : (traduction) La vie d'un individu connaît plusieurs étapes importantes qui jalonnent en quelque sorte son parcours, l'éméritat est certainement un des derniers, la fin de l'œuvre d'une vie, le début de la phase ultime." Erreur! De 1975 à juin 1998 (lorsqu'il a démissionné de son poste de Président de la Chambre néerlandophone du Conseil supérieur des médecins spécialistes et des médecins généralistes), il a poursuivi son œuvre de façon particulièrement productive.


Le Prof. Lacquet est sans conteste une des figures marquantes qui, tout au long de la seconde moitié du siècle dernier, a marqué de son empreinte la qualité des soins de santé belges. Le GBS voit en lui le pionnier et le promoteur de concepts et de valeurs qui doivent être conservés et défendus dans le monde contemporain. Parce qu'ils constituent un substrat nourricier indispensable pour la médecine de demain.


Le décès du Professeur Albert Lacquet correspond non seulement à la disparition d'une personnalité particulièrement éminente du monde médico-chirurgical, mais clôture également une époque. Son principal mérite restera la mise en place du système de formation belge. Il a également été une des figures qui ont fait montre de solidarité avec la communauté professionnelle et il n'était pas économe de ses encouragements à l'adresse des protagonistes de la défense professionnelle. Son soutien moral pour les efforts du GBS nous manquera beaucoup.



Prof. Dr Jacques Gruwez,
Président
 


 

 

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